Vue d’intérieur du Spaceplane, prototype d’un vaisseau pour le tourisme spatial développé par Airbus Defense and Space

Voyager dans l’espace sera bientôt aussi facile que d’aller à New-York.

Le 28 avril 2001, un « non-astronaute » quittait pour la première fois la stratosphère. Son nom ? Dennis Tito. Le premier touriste de l’espace. Contre un chèque de 20 millions de dollars, cet « homme d’affaire » californien embarquait avec l’équipage du vaisseau russe Soyouz TM-32 pour un vol d’une semaine autour de la Terre. Une expédition improbable permise par l’agence spatiale russe qui voyait là un bon moyen de remplir ses caisses alors condamnées au régime sec. Depuis, six autres (richissimes) passionnés ont accompli le même voyage contre des sommes allant de 20 à 50 millions d’euros. De fait, le ticket pour l’espace apparaît comme le privilège d’une élite. Vraiment ? Peut-être plus pour très longtemps...

Des hôtels sur Mars ?

L’annonce avait fait l’effet d’une bombe. Le 22 avril 2013, l’ingénieur hollandais Bas Lansdorp a la tête du projet Mars One – qui prétend coloniser la planète rouge – annonçait la tenue d’un immense casting pour recruter les 24 « premiers colons » de ce voyage sans retour prévu initialement pour 2023. Un projet fou financé par les droits télévisés de l’expédition. Oui, car en plus d’être un voyage vers l’inconnu, Mars One serait aussi une téléréalité.
Mais si on emploi le conditionnel pour évoquer ce projet, c’est parce que l’entreprise a tout l’air d’une grosse arnaque. C’est l’avis de nombreux experts comme François Forget, planétologue et chargé de recherche au CNRS qui a qualifié de « n’importe quoi » les ambitions de Bas Lansdorp. Le flou persiste sur le plan technique et l’aventure « parait » de moins en moins réalisable. Qu’importe, le coup de bluff a permis de voir l’enthousiasme des foules pour la conquête spatiale : 200 000 personnes se sont présentées au casting de Mars One !

Elon Musk NASA

Elon Musk (à gauche) et Charles F. Bolden, actuel administrateur de la NASA

Depuis l’attention s’est déplacée vers un autre homme : Elon Musk, PDG de Tesla Motors. Le milliardaire dirige SpaceX, une société spécialisée dans le vol spatial. Non content d’avoir signé en 2008 un contrat avec la NASA pour le transport de fret vers la Station spatiale internationale (ISS), Elon Musk envisage lui aussi d’envoyer prochainement des hommes sur Mars. C’est ce qu’il a annoncé à l’occasion du 67e congrès international d’astronautique à Guadalajara (Mexique). Fin 2023, SpaceX enverra un premier vol habité vers Mars. Un projet cette fois-ci jugé crédible par la communauté scientifique. François Forget, toujours : « Quand il parle de ses plans pour construire une énorme fusée, la plus grosse fusée jamais construite, il y a plein d’éléments qui montrent que c’est très sérieux [...] Cela fait des années qu’il fait des annonces farfelues auxquelles on ne croit pas et qu’il réalise. Elon Musk a prouvé qu’il n’était pas un farfelu. » Pas en reste dans le domaine du transport, Boeing travaille aussi main dans la main avec la NASA sur le Space Launch System. Un « lanceur spatial lourd » - autrement dit une grosse fusée - capable d’envoyer des missions habitées un peu partout dans notre système solaire. La conquête martienne constitue là aussi un objectif, mais pour 2030.

Des taxis dans l’espace

Mars n’est cependant pas la seule destination envisagée. En parallèle, Boeing et SpaceX s’activent sur la construction de « taxis spatiaux » qui amèneraient des scientifiques et des touristes à bord de la Station spatiale internationale. L’ISS transformée en hôtel parmi les étoiles ? C’est en tout cas ce qu’envisage très sérieusement le PDG de Boeing, Dennis Muilenburg. Selon lui, le tourisme spatial devrait « exploser » au cours des deux prochaines décennies pour devenir commercialement viable.

SpaceShipTwo

Le SpaceShipTwo développé par Virgin Galactic

Un avis partagé par Richard Branson et Jeff Bezos, respectivement PDG du groupe Virgin et PDG d’Amazon. Le premier a créé Virgin Galactic et travaille sur le lancement de vols suborbitaux qui offriraient à six « touristes » les joies de l’apesanteur pendant presque trois heures à bord de son vaisseau, le SpaceShipTwo. Si aucune date n’est avancée pour le premier vol à 250 000 € la place, quelques célébrités auraient déjà réservé leur billet. Parmi elles, les acteurs Leonardo Di Caprio, Ashton Kutcher et Tom Hanks. De son côté, Jeff Bezos par l’intermédiaire de sa compagnie Blue Origins envisage des premiers vols touristiques vers l’espace dès 2018 - à condition que son vaisseau le New Shepard réussisse auparavant tous ses vols d’essai.

L’ambition de ces hommes est clairement de démocratiser le voyage dans l’espace. Un projet réalisable si les vaisseaux s’avèrent réutilisables contrairement aux fusées actuelles construites pour assurer un unique trajet aller-retour. A coup de milliards, il est probable qu’ils y parviennent. Mais gageons que plusieurs décennies s’écouleront avant que le ticket pour l’espace ne devienne vraiment accessible à ceux qui n’ont pas six zéros sur leur compte en banque.

Un whisky à 50 000 km au-dessus de la Terre

Un dernier projet insolite pour la route : celui de la compagnie japonaise Obayashi qui a imaginé un ascenseur spatial. Ses câbles en nanotubes de carbone d’une longueur de 96 000 km assureraient le transport de personnes et de chargements vers une station spatiale construite à l’arrivée. Si elle reconnait pour l’instant ne pas avoir les moyens techniques pour mettre en place une telle structure, Obayashi envisage tout de même son ouverture en 2050.

whisky-space

L’ascenseur pour l’espace de Obayashi

Et dans l’attente de passer quelques heures ou jours dans l’espace pour le prix d’un aller- retour Paris-New-York, certains pensent déjà aux consommations à bord. La marque de whisky Ballantine’s a créé pour l’occasion un verre gravitationnel qui résiste aux effets de l’apesanteur. De quoi se détendre un peu dans le cosmos ! Mais gare à la gueule de bois interstellaire !